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Le permis de construire à titre précaire – L’appréciation stricte du critère de « nécessité caractérisée »

Le juge administratif a refusé l’implantation d’un chapiteau sur un espace inconstructible et protégé par le document d’urbanisme, pour défaut de « nécessité caractérisée »  (CAA Paris, 1re ch., 15 mars 2018, n° 16PA02672).

Le permis précaire est une dérogation légale aux règles contenues dans le code de l’urbanisme. Bénéficiant d’un régime souple, cette catégorie particulière de permis de construire autorise l’érection temporaire d’une construction, justifiée par l’existence d’une « nécessité caractérisée ».

Le permis précaire permet d’autoriser exceptionnellement des constructions temporaires, soustraites de la réglementation d’urbanisme applicable, qui répondent à une nécessité caractérisée, tenant notamment à des motifs d’ordre économique, social, culturel ou d’aménagement. Les dérogations aux règles d’urbanisme régulièrement admises répondent à un impératif de proportionnalité eu égard aux caractéristiques du terrain d’assiette, à la nature de la construction et aux motifs rendant nécessaire le projet.

Ainsi, une construction peut exceptionnellement être autorisée à titre précaire si elle n’entre pas dans le champ d’application de l’article L. 421-5 du code de l’urbanisme relatif aux constructions dispensées de toute formalité, et si elle ne satisfait pas aux exigences fixées par l’article L. 421-6 du même code, tenant à la conformité du permis aux règles contenues dans le code de l’urbanisme.

Lorsque le permis est accordé à titre précaire, il est soumis aux mêmes règles de compétence que le permis de construire ordinaire.

A noter que la délivrance d’un permis précaire nécessite une appréciation au cas par cas, un examen concret à l’issue duquel une décision motivée indiquant expressément les motifs justifiant le caractère exceptionnel de l’autorisation sera adoptée (TA Nice, 4e ch., 26 févr. 2013, n° 0900962). Le service instructeur est alors chargé d’indiquer expressément dans sa décision, d’une part, les règles auxquelles le projet déroge et d’autre part, les motifs qui, en fonction des circonstances ou de la nature du projet, justifient qu’à titre exceptionnel, il soit fait exception à ces règles (CAA Marseille, 1re ch., 20 avr. 2015, n° 13MA01618 TA Montreuil, 27 juin 2013, n° 1302200, concl. Verrièle, AJDA n° 40/2013).

Le caractère exceptionnel du recours au permis précaire est entier dans la mesure où le juge apprécie strictement les cas dans lesquels sont octroyés de tels permis dérogatoires. En effet, le juge administratif contrôle avec rigueur l’existence de la « nécessité caractérisée » justifiant le recours au permis précaire. Ce contrôle porte sur les motifs d’ordre économique, social, culturel ou d’aménagement invoqués par la collectivité et sur les caractéristiques du terrain d’assiette de la construction au regard des contraintes résultant de la réglementation urbanistique applicable sur cette parcelle et sur l’ensemble du territoire de la commune.

C’est ainsi que le juge administratif, dans l’affaire tranchée par la décision du 15 mars 2018, a refusé que le maire de Paris puisse délivrer à la Sarl Kali Production un permis de construire à titre précaire, pour une durée de trois ans, pour l’implantation du chapiteau du cirque tsigane Romanès dans le square Parodi avec l’installation de dix caravanes, d’un espace d’accueil, de cinq modules préfabriqués à usage de sanitaires et la pose de clôtures dans la mesure où une « nécessité caractérisée » faisait défaut.

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