Moins de la moitié (43,1%) des cours et des plans d’eau sont en bon état écologique, les populations d’oiseaux et de poissons d’eau douce sont en léger déclin alors qu’il y a un engagement sur 20 ans de 500 milliards d’euros dédiés à ces zones.
Un rapport de WWF a été publié, portant sur l’état de la biodiversité des cours d’eau basé sur l’évolution de son indice « Rivière vivante ».
Les cours d’eau remplissent des fonctions fondamentales au niveau hydraulique, écologique et paysagère. En effet, elles jouent un rôle d’épuration naturelle et servent d’habitat à de nombreuses espèces de poissons, d’oiseaux et de mammifères et ont aussi une fonction de corridors écologiques.
Plus de la moitié des cours d’eau sont en mauvais état écologique (56,9% des eaux françaises en 2019, indiquent les données produites par les agences de l’eau), pourtant, leur rôle est plus qu’essentiel. Seulement 43,1% sont en bon état écologique et 44,7% présentaient un bon état chimique. Plus des deux tiers (67%) des masses d’eau de surface, en France, risquent donc de ne pas atteindre l’objectif d’état écologique fixé pour 2027.
Notre pays est ainsi bien loin de l’objectif fixé par la Directive Cadre sur l’Eau, à savoir atteindre un bon état écologique de ses eaux à l’horizon de l’année 2027, qui constitue dès lors une seconde dérogation par rapport à l’ambition initiale fixée pour l’année 2015. Le WWF exprime son regret que les investissements consacrés aux politiques de l’eau, qui s’élèvent à environ 500 milliards d’euros sur les deux dernières décennies, n’aient pas apporté d’améliorations significatives à la santé des écosystèmes d’eau douce.
Le WWF France publie, pour la première fois en France, un indice mesurant l’évolution de l’état écologique des rivières françaises, l’Indice Rivières Vivantes (IRV).
Cet indice offre une synthèse et une agrégation de diverses données disponibles, qui n’ont jamais été utilisées jusqu’à présent pour calculer une évolution globale de la biodiversité. Il intègre diverses espèces de poissons et d’oiseaux dans un même indice. Les périodes prises en compte sont 2001-2022 pour les oiseaux et 1995-2018 pour les poissons.
Le rapport révèle un léger déclin des populations d’oiseaux et de poissons observées en rivière, avec une baisse de 0,4%. Cela indique que le nombre d’individus des populations de poissons et d’oiseaux observés en rivière a diminué en moyenne de 0,4% depuis le début du 21e siècle.
En réalité, cette quasi-stagnation masque une dégradation globale de la qualité des petits cours d’eau du milieu rural, compensée par une amélioration de la qualité de l’eau des fleuves en aval des grandes villes. L’analyse portant sur l’évolution des populations des 20 dernières années ne prend pas en compte un déclin qui s’est produit bien avant. La constatation d’une chute des populations remonte à au moins cinquante ans.
Cette observation dissimule des trajectoires distinctes pour les oiseaux. Par exemple, pour les oiseaux d’eau, la tendance montre une légère diminution (environ -3,5% sur 22 ans). Cependant, pour les oiseaux agricoles, observés près des cours d’eau, la baisse est plus prononcée (environ -10,5% sur 22 ans).
Cette observation révèle également des situations particulièrement alarmantes. Par exemple, le grèbe huppé et la truite des rivières, deux espèces emblématiques des écosystèmes d’eau douce, illustrent ce déclin de la faune dans nos rivières, avec une baisse respective de leurs populations de 91% et 44% en 20 ans. Il est également important de noter que l’abondance des populations d’anguilles ne représente que 10% de son niveau historique en France.
Afin de continuer à protéger les écosystèmes d’eau douce, le WWF France s’est fixé deux priorités sur le terrain :
- La préservation des zones humides, reposant notamment sur un projet d’acquisition foncière de zones humides en France et le déploiement de projets de Paiements pour Services Écosystémiques avec des propriétaires d’étangs ;
- Le renforcement de la résilience de l’eau face au changement climatique, en soutenant une agriculture économe en eau et en s’appuyant sur les solutions fondées sur la nature.
Cependant l’amélioration significative de l’état de santé des écosystèmes d’eau douce ne pourra pas se faire sans des politiques publiques ambitieuses. Ainsi, le WWF France appelle les pouvoirs publics à :
- Une restauration de grande ampleur des cours d’eau en réaffirmant l’objectif français pris à l’occasion des Assises de l’eau en 2018, de préserver et de restaurer 25 000 km de cours d’eau et leur continuité à l’horizon 2030 ;
- Une réévaluation de la fiscalité de l’eau pour appliquer le principe pollueur-payeur face aux impacts majeurs des pollutions agricoles diffuses sur la ressource en eau, et inciter à réorienter les pratiques agricoles vers l’agroécologie.
