Site icon Urbanisme – Construction – Energie – Sécurité – Santé

L’équilibre précaire du plan Écophyto 2030

Comme précédemment annoncé, l’objectif de diminuer de 50% l’utilisation des pesticides est conservé, mais sera mesuré avec un indicateur plus indulgent.

La stratégie Écophyto 2030 a été dévoilée le 6 mai, après plusieurs hésitations. La crise agricole en début d’année a incité le gouvernement à suspendre sa publication pour réviser son contenu.

Les objectifs déclarés cherchent à équilibrer les différentes forces en jeu : protéger la santé publique et l’environnement, tout en soutenant les performances économiques et environnementales des agriculteurs et en encourageant l’adaptation de leurs techniques culturales. Cependant, le plan Écophyto 2030 révisé est moins ambitieux que prévu en termes environnementaux.

L’objectif phare de réduire de 50% l’utilisation des pesticides d’ici 2030 est conservé. Cependant, son calcul sera désormais basé sur l’indicateur de risque harmonisé européen HRI1, moins strict que le NODU (Nombre de Dose Unité) précédemment en vigueur.

Le NODU calcule le nombre de traitements appliqués à pleine dose sur une surface d’un hectare, tandis que le HRI1 correspond à des sommes pondérées rapportées à une période de référence. Les coefficients, établis en fonction de la classification européenne des substances actives des produits phytopharmaceutiques, sont majorés par la dangerosité du produit.

Le changement d’indicateur profite à la France qui a interdit de nombreuses substances classées CMR1 (substances cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction) ces dernières années. Elle pourrait ainsi obtenir un pourcentage de réduction des produits phytosanitaires bien plus élevé qu’avec le NODU, maintenant ainsi son objectif de 50% de réduction tout en laissant plus de marge de manœuvre à ses agriculteurs. Les sources ministérielles estiment que la France a déjà atteint les deux tiers de l’objectif de réduction de 50% à ce jour. La nouvelle méthode de calcul la placerait en effet à 27 à 30% de réduction par rapport à la nouvelle période de référence 2011-2013.

Il convient de noter que la période de référence retenue est 2011-2013 car c’est celle qui s’applique déjà dans les autres États-membres de l’UE recourant au HRI1. Le NODU continue à vivre afin d’alimenter les statistiques mais son seul pouvoir sera informatif.

Sur la réduction des usages et des risques, une attention est portée aux aires d’alimentation des captages d’eau potable qui peuvent être polluées par les pesticides. Il est prévu qu’à l’issue d’une actualisation de la liste des captages prioritaires et sensibles au vu notamment des dernières données de mesure des produits phytopharmaceutiques et de leurs résidus dans les eaux brutes en lien avec les préfets de bassin, les ministères compétents élaboreront un guide de gestion des risques établissant des lignes directrices. Il prévoira les situations dans lesquelles le dispositif d’arrêté ZSCE sera activé par les préfets et les critères menant à des restrictions d’usage pour les situations les plus à risques. Il sera par la suite diffusé par voie d’instruction adressée aux préfets.

Enfin, l’accent sera également mis sur l’actualisation et l’adaptation des formations Certiphyto pour les différentes activités professionnelles couvertes, et la formation des formateurs aux enjeux de la transition agro-écologique ; en particulier, s’assurer de l’adéquation de la formation des professionnels du conseil agricole (approche système, conduite du changement, connaissance de l’écosystème territorial, etc.) et interroger les modalités d’accès du Certiphyto conseil (supprimer le test seul, consolider la formation, etc.).

Dans l’édition du mardi 7 mai du journal Le Monde, on apprend qu’un collectif rassemblant près de quatre cents personnes, dont des chercheurs, des associations de patients et de défense de l’environnement, critique la nouvelle stratégie gouvernementale de réduction des pesticides comme étant « une politique d’immobilisme » et appellent à « faire le choix de la santé publique, pas celui du cancer ».

Quitter la version mobile